5 December 2012

Récompense internationale pour un documentaire sur les mariages forcés pratiqués par le régime Khmer rouge

 

Réalisé par deux jeunes réalisateurs cambodgiens Lida Chan et Guillaume Suon, le documentaire Noces rouges (Red Wedding) vient de remporter le premier prix du festival international du documentaire d’Amsterdam (catégorie moyen métrage),  le plus grand festival organisé dans le monde.

Ce film traite d’un sujet méconnu, celui des mariages forcés organisés par les Khmers rouges entre 1975 et 1979.
Quelques 250 000 femmes auraient été victimes de ces viols organisés par un système idéologique qui faisait table rase du passé pour créer un homme «  nouveau ». L’individu n’existait plus, la famille était une notion « bourgeoise » qui devait disparaitre, une nouvelle génération de révolutionnaires allait naitre.

De brèves cérémonies collectives étaient organisées par les responsables Khmers rouges. Les hommes et les femmes étaient placés côte à côte, en deux rangées distinctes et étaient choisis au hasard, pour devenir mari et femme. La non consommation ou le refus du mariage entrainait la mort.

Dans ce documentaire produit par Rithy Panh et le centre Bophana, Pen avait 16 ans lorsqu’elle a été contrainte d’épouser un soldat. La première nuit, elle dit être parvenu à convaincre son mari de ne pas la toucher, mais les enfants espions, postés sous la cabane, ont rapporté leur conduite «non-révolutionnaire». Après trois jours de rééducation pour désobéissance, son mari l’a violé. Un viol qui continue de la hanter et qui lui fait dire : «  Je voudrais couper  les parties de mon corps qu’il a touché ».

Briser le silence

Peu de recherches ont été menées sur ce sujet qui reste tabou au Cambodge, tout autant que les  abus sexuels, fréquents durant le régime Khmers rouges. Les victimes commencent tout à juste à en parler. Leurs proches découvrent ces douleurs enfouies durant plus de 30 ans. Des enfants apprennent qui ils sont.

En 2010, le Tribunal international chargé de juger les dirigeants khmers rouges qui, à ses débuts avait ignoré ces crimes, a fini, sous la pression des parties civiles, par reconnaitre ces mariages forcés comme crimes contre l’humanité. Selon l’acte d’accusation, ces mariages « faisaient partie d’une attaque contre la population civile, en particulier l’imposition de relations sexuelles visant à  la procréation forcée ». Elles sont aujourd’hui près de 700 femmes à avoir déposé plaintes auprès de ce  tribunal.

En décembre 2011, l’ONG Cambodian Defenders Project a mis en place un programme d’aide aux victimes dont le but est de libérer la parole.  C’est aussi le but recherché par les deux réalisateurs de Noces rouges. « Les femmes n’osent pas en parler, elles en ont honte. Ici au Cambodge, encore aujourd’hui, ce sont les hommes qui choisissent leur femme et pas l’inverse. Une femme qui n’est pas vierge au mariage, c’est mal considéré. Il faut briser le silence, ouvrir le débat », explique  Lida Chan.

Et au delà, c’est à la connaissance de son histoire que le Cambodge doit aujourd’hui se confronter. Pour éviter, comme le dit Lida Chan, qu’elle ne se reproduise.

Mémorial de Wat Samrong Knong à Battambang. Quelque 10 000 personnes perdirent la vie dans cette pagode transformée en prison durant le régime des Khmers rouges. Ci-dessus, la représentation d’une cérémonie collective de mariages forcés auquel auraient été soumis entre 20 et 40 couples, d’après la légende gravée dans la pierre. ©Krystel Maurice

 


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